Étapes du processus de résilience : Comment les aborder pour rebondir ?

Une adaptation psychologique ne suit jamais une progression linéaire. Certains individus traversent les mêmes difficultés sans jamais afficher les mêmes ressources face à l’adversité. Une capacité à surmonter les épreuves peut se développer tardivement, voire apparaître après de nombreux échecs.

La recherche en sciences humaines montre que les étapes menant à une reprise après un choc empruntent souvent des chemins imprévus. Comprendre ces mécanismes permet d’identifier des leviers d’action efficaces pour surmonter les obstacles et renforcer la capacité à rebondir.

Comprendre la résilience : un atout face aux épreuves de la vie

Oubliez l’idée de la résilience comme d’une cuirasse impénétrable : c’est une force vivante, tissée d’incertitudes, qui prend racine dans la capacité à se relever après un choc. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a largement contribué à éclairer cette notion, démontrant combien l’humain peut se réinventer, même au cœur du chaos. Il ne s’agit pas de nier la douleur, encore moins de la dompter à tout prix, mais de lui donner un sens, d’utiliser les ruines pour bâtir quelque chose de neuf. Certains y parviennent grâce à une énergie intérieure, d’autres trouvent appui dans la présence d’un parent, d’un éducateur, parfois d’un animal fidèle. La résilience n’est pas l’apanage d’un âge ou d’une condition : elle se construit, parfois dans le tumulte, souvent dans la rencontre. Tristesse, colère, sentiment d’abandon, rien n’est occulté, tout peut devenir moteur d’un nouveau départ.

Pour mieux cerner ce qui permet d’avancer, il faut distinguer les ressources mobilisées lors d’un parcours de résilience.

  • Facteurs internes : force vitale, estime de soi, capacité d’adaptation.
  • Facteurs externes : soutien social, tuteur de résilience, environnement bienveillant.

Cette dynamique n’est pas figée : elle évolue, elle s’ajuste. La résilience relie la psychologie à la quête de bien-être, elle offre une voie pour dépasser la dépression, renouer avec la joie. Le chemin, souvent cabossé, s’appuie sur les blessures mais aussi sur la capacité à tisser des liens, à transformer la vulnérabilité en ressource. Cyrulnik le rappelle avec force : résilier, ce n’est pas effacer, c’est traverser, puis inventer une suite à sa propre histoire.

Quels sont les grands jalons du processus de résilience ?

Le parcours qui mène à la résilience suit des étapes que la recherche a désormais bien cartographiées. La première, impossible à éviter, surgit au moment de la confrontation à l’épreuve : un choc, une rupture, un bouleversement qui fait vaciller les repères. C’est la phase de stupeur, parfois de repli, qui marque le début d’un long travail intérieur.

Progressivement, s’engage le temps du remaniement du passé. Ce passage, discret mais décisif, consiste à apprivoiser la blessure, à la nommer, à redonner forme au récit de ce qui a été vécu. La mémoire, parfois douloureuse, devient alors un outil : elle peut gêner la reconstruction, ou, à l’inverse, ouvrir la voie à une transformation profonde. Ici, l’appui d’un tuteur de résilience, un parent, un proche, un éducateur, peut se révéler déterminant. Il offre un point d’ancrage, une présence qui rend possible la première avancée hors du chaos.

Le troisième jalon apparaît lorsque s’activent les ressources internes : estime de soi, énergie vitale, goût de l’action, engagement dans un projet. Ces leviers permettent de convertir la fragilité en puissance. Autour, les facteurs externes, amis, collègues, environnement protecteur, favorisent la sortie de l’isolement et réactivent le désir d’aller de l’avant.

Enfin, la reconnexion au collectif et l’ouverture vers l’avenir viennent compléter ce processus. La personne résiliente ne gomme rien, elle recompose, elle avance, empruntant un chemin qui ne vise pas le retour à la normale mais l’invention d’une nouvelle trajectoire, plus riche et plus consciente.

Conseils concrets pour traverser chaque étape et rebondir

Mobiliser ses ressources, s’appuyer sur le collectif

Face à l’adversité, la résilience ne se construit que rarement en solitaire. S’entourer, solliciter le soutien de ses proches, rechercher un tuteur de résilience, parent, collègue, voisin, voire un animal, voilà des stratégies payantes. C’est dans la relation que la confiance se restaure, que l’élan de vie se réactive. Boris Cyrulnik l’a démontré : la présence d’un autre, à un moment clé, peut tout changer.

Ritualiser le quotidien, transformer l’épreuve

Au fil des jours, des gestes simples peuvent aider à structurer la traversée. Il ne s’agit pas de recettes miracles, mais de repères pour redonner du sens : écrire chaque soir trois choses positives, marcher dans la nature, écouter une chanson qui apaise. Ces habitudes, loin d’être anodines, ouvrent un espace pour respirer et retrouver l’envie d’agir. Le sport, la créativité, l’humour ou même la désobéissance joyeuse sont autant de leviers pour se réapproprier son histoire.

Voici quelques pistes concrètes, à adapter à chaque situation :

  • Exprimer sa créativité : écrire, dessiner, cuisiner, bricoler, tout support qui permet de reprendre prise sur la réalité peut faire la différence.
  • Se reconnecter à la nature : une promenade en forêt, un temps passé avec un animal, la contemplation d’un paysage, autant d’expériences qui apaisent et stimulent le système nerveux.
  • S’accorder des moments pour écouter de la musique ou simplement s’arrêter, regarder autour de soi, retrouver le contact avec soi-même.

Faire appel à l’accompagnement si nécessaire

La psychothérapie n’est pas un passage obligé, mais dans certains cas, blocage répété, mémoire traumatique persistante, elle peut ouvrir des portes. La parole, qu’elle soit partagée ou consignée, redonne une part de contrôle et relance le mouvement. Rien n’est figé : il s’agit de trouver ce qui, pour soi, réveille l’élan vital, en fonction des rencontres et des expériences vécues.

Homme âgé marchant dans un parc en automne

Des histoires inspirantes pour croire en sa capacité à se relever

La résilience n’a rien d’une idée purement théorique. Elle s’incarne dans des parcours réels, souvent bouleversants, comme celui de Boris Cyrulnik. Enfant juif sous l’Occupation, il perd ses parents à Auschwitz. Il survit grâce à Marguerite Farges, se reconstruit auprès de sa tante Dora. Cette histoire, marquée par la perte, devient le socle d’une force nouvelle : transformer la blessure en élan, faire du traumatisme un point de départ pour aider les autres, transmettre, comprendre.

Des chercheurs comme Serge Tisseron, Jacques Lecomte ou Bruno Humbeeck explorent, à travers leurs travaux, les multiples chemins de la résilience. Leur constat est unanime : chaque personne qui parvient à se relever a rencontré, à un moment clé, un tuteur de résilience, une figure d’écoute ou de transmission. Sur le terrain, dans les biographies, dans l’accompagnement de victimes de catastrophes, ce sont toujours le lien social, la parole partagée et la capacité à redonner sens au passé qui émergent comme leviers puissants.

Quelques enseignements à retenir de ces histoires et recherches :

  • Vivre après un traumatisme ne signifie pas effacer ou nier ce qui a été vécu, mais transformer le passé pour avancer.
  • Ce processus repose à la fois sur des ressources internes, estime de soi, souplesse mentale, et sur la force du collectif.

La résilience n’est pas un don réservé à quelques-uns. Elle traverse les âges, les milieux, les contextes. Elle s’enracine dans la relation, l’apprentissage, la capacité à recevoir et à transmettre. Chacun, à sa manière, peut découvrir ce ressort en lui, parfois au moment où il s’y attend le moins. La vie n’offre pas de garanties, mais elle laisse toujours la possibilité de se relever, d’écrire la suite.

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